Assurer la sécurité des communautés chrétiennes, bien les équiper

Parmi les adultes canadiens ayant déjà eu un partenaire intime, 44 % des femmes et 36 % des hommes déclarent avoir été victimes d’abus, selon un rapport de Statistique Canada publié en 2018.
Les abus prennent de nombreuses formes. Il peut s’agir d’un incident isolé ou d’un schéma récurrent. Le rapport utilise des catégories telles que la violence émotionnelle, psychologique et financière (42 % des femmes, 34 % des hommes), la violence physique (23 % des femmes, 16 % des hommes) et la violence sexuelle (11 % des femmes, 2 % des hommes).
À l’instar d’autres types d’expériences traumatisantes, la violence peut entraîner une blessure psychologique qui ne guérit pas. Et elle est particulièrement néfaste lorsqu’elle a une dimension religieuse.
L’abus spirituel implique souvent l’abus de l’autorité spirituelle, de la théologie, des Écritures ou des pratiques religieuses dans le but de manipuler, de contrôler, de réduire au silence, de marginaliser ou de dominer. Certaines études suggèrent qu’un Américain sur trois déclare aujourd’hui avoir subi des préjudices et des abus à caractère religieux. Les abus au sein de nos communautés chrétiennes aggravent la souffrance et peut entraver le potentiel humain et la guérison.
L’abus spirituel implique souvent l’abus de l’autorité spirituelle, de la théologie, des Écritures ou des pratiques religieuses dans le but de manipuler, de contrôler, de réduire au silence, de marginaliser ou de dominer.
Nous pouvons lutter contre ces préjudices en formulant et en mettant en pratique des principes sains dans les communautés chrétiennes. Le refus de parler des abus fait en sorte que certaines personnes ne se sentent pas en sécurité et quittent discrètement les milieux religieux. Lutter efficacement contre les abus implique de garantir la sécurité nécessaire pour parler, d’être bien écouté et d’avoir confiance en la direction pour résoudre les préjudices de manière appropriée.
Les enfants, les femmes et les adultes vulnérables sont particulièrement exposés aux formes manifestes et subtiles d’abus. Ils subissent des préjudices lorsqu’ils sont ignorés, exclus, marginalisés, réduits au silence, blâmés, pris pour cible ou rejetés, que ce soit par des dirigeants, des pairs ou des structures communautaires.
Pour bien réagir, il faut former le conseil d’administration, le personnel et les bénévoles. Cela va au-delà de la simple mise en place de plans de protection des mineurs, de protocoles contre le harcèlement et pour la sécurité au travail, et de groupes de soutien au deuil – aussi indispensables soient-ils.
L’éthique et les attitudes d’une communauté chrétienne, et pas seulement la structure de direction, influencent la volonté de discuter des préjudices, des abus et des traumatismes, ainsi que la manière dont nous intervenons auprès des victimes et des auteurs d'actes répréhensibles. Quelles politiques sont en vigueur pour signaler et enquêter sur les préoccupations ou les infractions? Affrontons-nous ou tolérons-nous l’aveuglement volontaire, ainsi que la conformité à des systèmes ou à des habitudes malsains et toxiques?
Il est essentiel que nous nous attaquions directement aux préjudices, aux abus et aux traumatismes. De nombreuses églises et confessions l’ont fait, mais pour d’autres, cela doit devenir une priorité absolue.
Certaines communautés chrétiennes ont travaillé d’arrache-pied pour élaborer des protocoles et offrir de la formation; elles examinent continuellement ce que d’autres font bien et intègrent leurs apprentissages – et elles sont disposées à les partager. L’AÉC héberge un réseau de sensibilisation et de prévention des abus qui fait exactement cela, et le travail se poursuit (TheEFC.ca/AAPN).
Entretenir des relations interpersonnelles saines entre personnes de tous âges est une expression fondamentale de la vie de disciple chrétien, et il est essentiel d’offrir des espaces sécuritaires, adaptés, bienveillants et permettant de bien équiper les gens pour une vie communautaire saine. (1 Pierre 4.12-13; Matthieu 23.26).
Nous exerçons notre foi dans le contexte d’un combat spirituel entre le Royaume de Dieu et celui des ténèbres. Nous faisons face au mépris et au rejet lorsque nous nous opposons aux puissances et aux principautés qui causent des préjudices, des abus et des traumatismes (Matthieu 5.10-12; Jean 15.18-19; Matthieu 10.22; Marc 10.29-30; 2 Timothée 3.12).
Jésus nous a appelés à nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés (Jean 13.34-35). Nous devons porter les fardeaux les uns des autres (Galates 6.2) et ne pas contribuer à les créer. Même la langue est décrite comme une arme de mal – avons-nous mis en place des mesures pour mettre fin aux commérages, à la calomnie, à la culpabilisation des victimes et aux abus de pouvoir ou d’influence? Des demi-vérités déformées et des interprétations fallacieuses des Écritures sont-elles utilisées pour réduire au silence, exclure et opprimer? Abordons-nous les personnalités narcissiques et les pratiques misogynes?
Jésus-Christ a connu le chagrin. Notre Seigneur est profondément conscient de l’impact des croyances et pratiques religieuses déformées (Ésaïe 53.4-9). Jésus invite tout le monde à entrer dans son repos (Matthieu 11.28-30). Il est essentiel que nous veillions à ce que nos communautés soient des espaces sûrs et sains où, avec Christ en nous, nous nous efforçons de prévenir les préjudices, les abus et les traumatismes, où nous gérons bien les échecs et où nous favorisons la guérison et une communion saine.
Affronter les traumatismes religieux et les abus spirituels constitue une occasion de prévention et d’éducation qui nous permet d’accompagner les victimes, de devenir leurs défenseurs et de favoriser l’épanouissement de communautés chrétiennes sécuritaires et valorisantes. C’est notre témoignage, un mandat pour aujourd’hui et pour les générations futures.
Bruce J. Clemenger is senior ambassador and president emeritus of The Evangelical Fellowship of Canada. Read more of these columns at FaithToday.ca/TheGatheringPlace. Lisez ces articles en français sur FaithToday.ca/francais. Photo of child with head in hands: Shutterstock.