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Qu’est-ce qui façonne votre foi?

03 September 2026 By Taylor Scott-Reimer

Comment les outils d’IA influencent la formation de la foi chrétienne – et comment nous devons faire preuve de discernement

Traduit par Gérald Emery. Ce texte en anglais. Illustrations d'Eva Bee.

Les chrétiens canadiens utilisent déjà des outils d’IA pour la prière, l’étude de la Bible et leur vie de prière. La question n’est pas de savoir s’il faut l’utiliser, mais comment le faire selon la foi.

En août dernier, j’ai assisté à un webinaire organisé par Unseminary, intitulé « Stop Dreading Sermon Prep: How Pastors Are Using AI to Save Time and Preach Better » [Cessez de redouter la préparation des sermons : Comment les pasteurs utilisent l’IA pour gagner du temps et mieux prêcher]. Le propos portait sur une plateforme de préparation de sermons basée sur l’IA, formée à partir de ce que les présentateurs appelaient les documents fondateurs du christianisme, conçue pour générer des ébauches de sermons auxquelles les pasteurs pourraient se fier.

J’ai posé la question qui s’imposait : « Le christianisme de qui? » Comment l’outil gérerait-il les différences confessionnelles ou les points de friction culturels qui divisent des chrétiens partageant par ailleurs un même credo? La réponse était vague. J’en suis reparti avec l’impression que la question n’avait pas vraiment été prise en compte. L’outil avait été conçu pour être théologiquement solide sans que personne n’ait décidé, à l’avance, à quelle théologie il se référerait par défaut.

Ce schéma revient souvent dans le marketing : des outils de préparation de sermons vendus comme théologiquement sains, un point c’est tout, comme si la saine doctrine était une catégorie figée plutôt que la question sur laquelle les confessions sont en discussion depuis des siècles.

Ces enjeux prennent discrètement de plus en plus d’importance dans les églises canadiennes en raison de l’IA. L’application biblique sur votre téléphone pourrait vous proposer des versets choisis par un algorithme entraîné à partir de millions d’interactions d’utilisateurs. La méditation que votre animateur de petit groupe vous a recommandée a peut-être été façonnée, au moins en partie, par un assistant de rédaction alimenté par l’IA. La suggestion de prière dans votre boîte de réception ce matin pourrait avoir été générée par un système qui a traité plus de passages bibliques que n’importe quel théologien vivant, et qui n’a jamais prié un seul mot de son contenu.

Rien de tout cela n’est nécessairement mauvais. Une grande partie est véritablement bénéfique. Ces outils aident les pasteurs débordés à servir leurs assemblées plus efficacement, rendent les Écritures plus accessibles et ouvrent les pratiques spirituelles à des personnes qui ne les auraient peut-être jamais découvertes autrement.

Plutôt que de débattre pour savoir si les chrétiens canadiens devraient les utiliser, il est plus urgent de se demander si nous avons développé une sagesse commune sur la manière de le faire.

Les outils d’IA destinés à la vie spirituelle se sont multipliés plus rapidement que la plupart des églises ne s’en sont rendu compte.

Pas de perspicacité, mais un consensus

Les outils d’IA destinés à la vie spirituelle se sont multipliés plus rapidement que la plupart des églises ne l’ont remarqué. L’application YouVersion a franchi le cap du milliard de téléchargements en novembre dernier. Glorify et Hallow en ajoutent des dizaines de millions de plus à elles deux. Les plateformes de préparation de sermons comme SermonSpark et Sermonly offrent désormais des fonctions de recherche et de création de plans assistées par l’IA. Pour les chrétiens canadiens moyens, ces outils font désormais partie intégrante de leur vie de foi quotidienne.

Ce qui les distingue d’une concordance ou d’un commentaire, c’est qu’ils sont génératifs et interactifs. Ils ne se contentent pas de récupérer de l’information; ils en produisent, de façon personnalisée, en fonction de votre requête et de votre historique, par le biais de processus largement opaques pour l’utilisateur.

Heather Birch, doyenne de la faculté d’éducation de l’Université Tyndale à Toronto, a passé les dernières années à étudier comment les futurs enseignants chrétiens apprennent à adopter une réflexion critique vis-à-vis de l’IA; ce travail découle d’une étude utilisant Teachable Machine de Google pour développer la culture de l’IA chez les enseignants en formation initiale.

Ses sujets se préparent à enseigner en classe, et non devant des assemblées, mais la question qu’elle explore – à savoir ce qu’une machine façonne chez ceux qui s’y fient – est la même que celle à laquelle est confronté quiconque utilise l’IA pour aborder les Écritures. Ce que nous voyons réellement lorsque l’IA nous fournit une réponse, dit-elle, ce n’est pas de la perspicacité, mais un consensus. Ces systèmes produisent quelque chose qui se rapproche de la moyenne de tout ce qu’ils ont lu. Ils ne savent pas ce qui est vrai, seulement ce qui est généralement transmis.

Cela importe, car la formation spirituelle a toujours été un processus relationnel et communautaire. Le principe réformateur de sola scriptura ne signifiait pas que les Écritures devaient être interprétées seules. Il signifiait que les Écritures devaient être lues au sein de la communauté des fidèles, en rendant compte à la tradition et au Saint-Esprit à l’œuvre à travers les croyants rassemblés.

Or, les outils d’IA ne sont pas des communautés. Ce sont des miroirs sophistiqués, reflétant le contenu de leurs données d’entraînement, façonnés par les objectifs fixés par leurs développeurs. Cela ne les disqualifie pas. Mais cela suggère que leur utilisation selon la foi exige davantage que le simple téléchargement de l’application.

Ce que ces outils font bien

Le potentiel est bien réel. Pour les chrétiens vivant dans des communautés isolées sans accès à des églises bien équipées en ressources, les outils d’IA peuvent fournir un contenu théologique qui, autrement, ne leur parviendrait pas. Pour les nouveaux croyants qui ne savent pas par où commencer, une application réactive peut être un guide remarquablement patient. Pour les pasteurs débordés exerçant deux professions, l’aide de l’IA peut faire la différence entre un sermon réfléchi et un sermon prononcé dans l’épuisement.

La tradition de la grâce commune au sein du christianisme réformé reconnaît depuis longtemps que la bonté de Dieu est à l’œuvre dans le monde au-delà des limites explicites de l’Église. Des outils développés par des personnes qui ne partagent pas notre foi peuvent tout de même servir de bonnes fins. Un GPS n’a pas cessé d’être utile simplement parce que ses inventeurs ne pensaient pas au culte du dimanche matin.

Ce qui mérite notre attention

Si les outils sont valables, les questions qu’ils soulèvent méritent d’être prises au sérieux précisément en raison de la bonté de Dieu. Lorsqu’un élément s’intègre à la manière dont nous rencontrons Dieu, nous lui devons une réflexion théologique.

La première question porte sur la source. C’est ce à quoi j’ai été confronté lors du webinaire sur la préparation des sermons : un outil présenté comme neutre, fondé sur « les documents fondateurs du christianisme », comme s’il s’agissait d’un ensemble unique et incontesté de textes plutôt que d’une bibliothèque au sujet de laquelle les lecteurs réformés, anglicans, pentecôtistes, mennonites, baptistes et catholiques sont en discussion depuis des siècles.

Une application biblique ou un assistant de prédication formé principalement sur du contenu évangélique reflétera les hypothèses évangéliques quant aux versets les plus significatifs et aux traditions d’interprétation les plus fiables.

Ce n’est pas une simple spéculation. Une étude, réalisée par la Bible Society (R.-U.) et par le Cambridge Centre for Chinese Theology, en janvier 2026, a testé quatre applications bibliques populaires, en utilisant ChatGPT comme référence, face à une série de questions théologiques courantes. Elle a révélé une tendance écrasante vers l’interprétation évangélique dans tous les cas, sans véritable reconnaissance du fait que des lecteurs protestants, catholiques, orthodoxes ou juifs pourraient parvenir à des réponses différentes, mais tout aussi valables.

Les chercheurs n’ont pas pu confirmer que ce parti pris était spécifiquement américain (l’emplacement géographique n’a pas eu d’incidence mesurable lors de leurs essais), mais les sources en disent long – une application est entraînée directement à partir d’un site Web évangélique américain conservateur, et une autre a été développée par une entreprise californienne sur la base avouée d’une doctrine d’inerrance biblique .

Les chrétiens canadiens qui ne font pas partie de la tradition évangélique pourraient constater que les instincts de l’IA ne correspondent pas aux leurs, et l’outil ne le leur dira probablement pas. Certaines de ces plateformes mettent également en avant leur origine nationale comme argument de vente, soulignant qu’elles reposent entièrement sur une infrastructure américaine, présentée comme un gage de fiabilité. Pour une église canadienne qui absorbe déjà une part démesurée de la culture chrétienne américaine, c’est là le risque, présenté ouvertement comme un atout. C’est une raison de se demander, avant de faire confiance à l’un de ces outils, quelle théologie y a été intégrée par défaut.

La deuxième question porte sur la relation. Un outil d’IA peut fournir du contenu, mais pas une relation. Birch soutient que deux pratiques courantes portent l’essentiel du poids de la formation chrétienne : l’interaction relationnelle, parce que nous sommes faits pour être en lien avec Dieu et les uns avec les autres, et aussi la lutte créative, c’est-à-dire la persévérance nécessaire pour créer quelque chose, car nous n’avons pas été faits pour que cela soit facile.

L’IA peut servir l’une ou l’autre de ces pratiques, dit-elle, ou en vider l’une de son sens, selon la façon dont elle est utilisée. Elle ne peut pas vous demander comment vous réagissez réellement avec le passage qu’elle vient de mettre en évidence.

Un outil d’IA peut fournir du contenu, mais pas de relation.

La troisième question porte sur le discernement. Cette responsabilité ne disparaît pas lorsque la source est une IA. Au contraire, elle devient encore plus importante, car l’IA ne signalera pas ses propres limites ni ne reconnaîtra que sa réponse à une question controversée représente une tradition plutôt qu’une autre. Birch met en évidence un mécanisme précis à l’origine de ce phénomène : la flatterie, c’est-à-dire la tendance de ces systèmes à donner raison à celui qui pose la question. Les modèles sont ajustés à l’aide d’évaluations humaines, et les gens attribuent de meilleures notes aux réponses agréables qu’aux réponses dérangeantes; le système apprend donc qu’une bonne réponse est une réponse qui fait l’unanimité. Exprimez votre opinion avant de poser votre question, et l’outil la confirmera généralement.

Il ne s’agit pas seulement d’une préoccupation théorique. Carey Nieuwhof, pasteur fondateur de l’Église Connexus à Barrie, en Ontario, et l’une des voix les plus écoutées parmi les dirigeants d’églises en Amérique du Nord, fait valoir un argument similaire dans son livre à paraître, intitulé AI and the Future Church (Forefront, 2026). Il a déjà observé ce phénomène. Lorsque les médias sociaux ont fait leur apparition, les dirigeants d’églises ont débattu pendant des années de la manière d’utiliser ces outils, sans guère se demander quel impact ceux-ci avaient sur les personnes qui les utilisaient.

La question est de savoir si nous y prêtons suffisamment attention pour faire la distinction entre les moments où c’est Dieu qui agit et ceux où l’algorithme fait simplement preuve d’une grande assurance.

Il soutient que l’Église risque de commettre la même erreur avec l’IA, en se concentrant sur les suggestions et la productivité tout en passant à côté du changement plus profond qui touche la vérité, l’identité et la communauté. Sa réponse repose moins sur la prudence que sur la formation – l’avantage de l’Église à l’ère de l’intelligence artificielle n’est pas de pouvoir surpasser la technologie en matière d’innovation, mais de savoir à l’avance comment bâtir le genre de communauté authentique, et non automatisable, pour laquelle les gens auront soif dans un monde dominé par l’IA.

Il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme en théologie pour mettre cela en pratique. Voir les trois questions de discernement ci-dessous.

La question sous-jacente

Il y a une question plus profonde sous-jacente à tout cela, une question à laquelle il n’y a pas de réponse facile. À mesure que les outils d’IA deviendront plus sophistiqués, la voix qu’ils génèrent sera de plus en plus difficile à distinguer d’une voix humaine. La méditation dans votre boîte de réception pourrait sembler aussi chaleureuse que celle écrite par un mentor de confiance. L’illustration d’un sermon pourrait donner l’impression de provenir d’une expérience vécue.

Ce que nous sommes invités à développer, en tant que chrétiens canadiens, c’est une sorte de culture théologique adaptée à une nouvelle ère. Pas de la méfiance. Ces outils sont de véritables dons. Mais, il s’agit d’appliquer le même discernement que nous avons toujours exercé face à toute voix qui s’adresse à nous dans le cadre de notre formation.

Le Saint-Esprit a toujours agi à travers les livres, les mentors, les communautés et les traditions. Les outils d’IA ne sont qu’un nouveau type de moyen; la question n’est donc pas de savoir si Dieu peut agir à travers eux, mais plutôt si nous y prêtons suffisamment attention pour remarquer la différence entre les moments où c’est Dieu qui agit et ceux où l’algorithme se montre simplement très sûr de lui.

Comme le dit Birch, les outils d’IA ne savent pas qui vous êtes. Ils n’ont pas vécu votre vie. Il y a toujours quelque chose que vous savez et que l’outil ignore, parce que vous avez vécu une vie et que la machine, elle, ne l’a pas vécue. La fluidité n’est pas synonyme de vérité, et c’est ce que vous savez qui vous permet de faire la différence.

Taylor Scott-Reimer, de Barrie, en Ontario, est l’auteure de She Believed: Recovering the Fierce Faith of the Women of Scripture and Ourselves (2025), TaylorScottReimer.Carrd.co. Illustration d'Eva Bee.

Trois questions pour discerner les outils d’IA

Qui a conçu cet outil, et pour qui?

Comprendre qui a développé un outil et à quelle communauté il est destiné aide à ajuster ses paramètres par défaut. Un outil conçu pour des chrétiens charismatiques aura des tendances différentes de celles d’un outil destiné aux protestants traditionnels. Aucun des deux n’est erroné. Mais connaître la différence est utile.

Qu’est-ce que cet outil fait que je peux faire moi-même? Et qu’est-ce qu’il fait que je ne peux pas faire?

Les outils d’IA sont particulièrement utiles lorsqu’ils s’occupent de tâches qui, autrement, empêcheraient un travail plus approfondi, comme la recherche, l’organisation et la mise en évidence de ressources. Ils le sont moins lorsqu’ils remplacent le travail lent et irremplaçable qui consiste à se plonger dans un texte ou à se confronter honnêtement à une question. Utilisez-les pour préparer le terrain en vue de la formation, et non pour prendre des raccourcis.

Comment est-ce que j’utilise cet outil en lien avec la communauté?

Partager ce qu’une méditation générée par l’IA a mis en lumière, présenter une question générée par l’IA à votre petit groupe, demander à votre pasteur si la réponse théologique d’une IA correspond à l’enseignement de votre tradition – ces pratiques communautaires permettent de garder les outils d’IA à leur juste place. La formation se fait au sein de la communauté. Les outils peuvent soutenir ce processus. Ils ne peuvent pas le remplacer.

Bonus : Dites-lui ce que vous ne voulez pas.

Heather Birch, de l’Université Tyndale, suggère une quatrième discipline : dites à l’outil ce que vous voulez qu’il fasse, et tout aussi clairement ce que vous ne voulez pas qu’il fasse. Si vous vous contentez de poser une question, dit-elle, l’outil en fera généralement plus que ce que vous avez demandé, et c’est là que nous cédons du terrain sans le vouloir. Au lieu de demander ce que signifie un passage, posez trois questions à son sujet et dites à l’outil de ne pas y répondre. Cette petite habitude définit clairement où commence votre propre travail. —TSR

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