Magazines 2026 May - Jun Qui servez-vous ?

Qui servez-vous ?

01 May 2026 By Bruce J. Clemenger

Le chroniqueur Bruce Clemenger recommande de suivre l'exemple de Paul à Athènes.

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Traduit par François Godbout. Ce texte en anglais

« Mais tu vas devoir servir quelqu’un, oui, c’est certain. / Tu vas devoir servir quelqu’un. / Eh bien, ce sera peut-être le diable ou peut-être le Seigneur, / mais tu vas devoir servir quelqu’un. »

Ces paroles tirées de « Gotta Serve Somebody » de Bob Dylan renvoient à une vérité biblique. Les gens peuvent prétendre être non religieux, mais nous croyons tous en quelque chose. Malgré les affirmations contraires, il n’existe pas de point de vue neutre qui transcende la religion et la croyance.

L’apôtre Paul décrit ainsi une autre forme d’adoration : « Ils ont troqué la vérité de Dieu contre le mensonge, et ils ont adoré et servi les choses créées plutôt que le Créateur » (Romains 1:25). Adorer ce que Dieu a fait ou quelque chose que nous avons fabriqué plutôt que le Créateur fausse l’ordre créé.

Une telle adoration élève quelque chose hors de son ancrage dans la création pour lui attribuer une importance suprême. Ce faisant, elle rabaisse les autres créatures. (La Bible nous donne l’espoir qu’à la fin des temps, toutes choses seront réconciliées par Christ et restaurées dans leur ordre propre.)

Les gens peuvent refuser d’adhérer à une religion traditionnelle, de suivre des rites formels ou d’approuver un ensemble de doctrines articulées, mais chacun accorde une certaine souveraineté à quelque chose dans sa vie. Chacun de nous décide de ce qui est sacré, de ce qui est considéré comme bon ou mauvais, juste ou injuste, et de ce qui constitue l’épanouissement humain.

Le véritable test de la liberté religieuse réside dans la manière dont les dissidents sont accueillis.

Qu’ils soient pleinement formulés ou non, ces engagements façonnent notre compréhension de la dignité humaine, y compris qui mérite le respect et l’attention, et ce qu’implique cette attention. Ces engagements révèlent avec quel sérieux les gens réagissent aux abus et à la victimisation, et si des exceptions sont faites en fonction de l’âge, de la proximité, du favoritisme, de la richesse, des liens génétiques, du sexe, de la race, de l’ethnicité ou de la religion.

En raison de ses croyances, l’apôtre Paul a été chassé de Thessalonique. Mais Athènes l’a traité différemment. « Pendant qu’il attendait ses compagnons à Athènes, Paul bouillait d’indignation en voyant combien cette ville était remplie d’idoles.» (Actes 17:16). Les Athéniens entretenaient même un autel dédié à un dieu inconnu. Contrairement aux Thessaloniciens, les Athéniens étaient ouverts à la discussion sur de nouveaux enseignements, et lorsque Paul a remis en question leurs croyances, certains ont voulu en savoir plus, tandis que d’autres se sont détournés.

Au Canada aujourd’hui, comment nos croyances chrétiennes se manifestent-elles dans nos paroles et nos actes ? Nous remettons-nous en question (et pas seulement nos voisins) face à la tentation de vivre confortablement, en nous conformant à l’esprit du temps ? Reconnaissons-nous les idoles de notre époque comme telles, de peur qu’elles ne s’installent dans nos familles ou nos églises ?

Les institutions sont elles aussi guidées par des croyances. Les gouvernements, les établissements d’enseignement et les églises fonctionnent selon des principes et des normes – souvent énoncés dans des constitutions, des politiques, des doctrines ou des déclarations de valeurs – qui orientent leurs activités et définissent leurs objectifs. Ces engagements déterminent la manière dont les décisions sont prises et les fins poursuivies.

Les gouvernements qui choisissent de ne pas réglementer une activité particulière ne sont pas neutres. Ils prennent position en se fondant sur des principes sous-jacents. En Colombie-Britannique, des humanistes et d’autres parties sont devant les tribunaux pour faire valoir que la politique d’un hôpital chrétien consistant à transférer les patients plutôt que de permettre l’euthanasie dans ses locaux impose une religion à autrui.

Pourtant, exiger de cet hôpital qu’il se conforme à un système de croyances favorable à l’euthanasie constitue en soi une imposition de croyances.

Certains gouvernements sont plus directs quant à la promotion des valeurs qui les animent. Le Québec a résilié un contrat avec une organisation chrétienne parce que ses convictions pro-vie étaient jugées contraires aux « principes fondamentaux » de la province.  Refuser l’accès aux espaces publics aux groupes dissidents n’est pas de la neutralité, mais ce que j’appelle ailleurs une nouvelle orthodoxie.

Historiquement, le Canada a suivi un modèle de pluralisme qui vise à permettre aux individus et aux institutions de confessions différentes de vivre leurs croyances légitimes et de contribuer au bien public. On attend des gouvernements qu’ils agissent équitablement et qu’ils ne privilégient pas une secte ou un système de croyances par rapport aux autres. Si cette approche a vu le jour dans la gestion des relations entre catholiques romains et protestants, elle s’est progressivement étendue pour inclure un large éventail de systèmes de croyances, religieux et non religieux.

Dans une démocratie, certains systèmes de croyances prévaudront inévitablement. Le véritable test de la liberté religieuse réside dans la manière dont les dissidents sont accueillis.

Nous vivons dans une société religieusement pluraliste où les personnes et les institutions adhèrent à des systèmes de croyances concurrents. La question n’est pas de savoir si les croyances façonneront la vie publique, mais quelles croyances se verront accorder l’espace nécessaire pour le faire, et si l’engagement de la société en faveur de la liberté religieuse permettra la dissidence et favorisera un pluralisme ouvert.

Allons-nous suivre l’approche dont Paul donne l’exemple à Athènes ?

Bruce J. Clemenger est ambassadeur principal et président émérite de l’Alliance évangélique du Canada, et l’auteur de The New Orthodoxy: Canada’s Emerging Civil Religion (Castle Quay, 2022). Photo d'un édifice de la Grèce antique. Crédit : Dot Miller.

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