Le moment est-il venu pour une Église bien enracinée? Gil Dueck, chroniqueur invité, nous livre ses réflexions.

J’ai passé les 23 dernières années de ma vie dans l’enseignement supérieur chrétien dans l’Ouest canadien. J’ai ainsi eu l’occasion d’observer des jeunes adultes et de réfléchir à ce que signifie atteindre l’âge adulte, dans la vie en général, mais surtout dans la foi chrétienne.
J’ai également été confronté, pendant la majeure partie de ces années, à des discours sur le déclin de l’Église. Un article récent estime que la fréquentation régulière des églises au Canada est d’environ 15 %, ce qui représente une forte baisse par rapport aux quelque 66 % enregistrés dans les années 1950. L’article souligne que le désengagement vis-à-vis de l’Église est particulièrement marqué chez les jeunes générations. Ce sont là des tendances bien connues qui suscitent des inquiétudes familières.
L’article poursuit en mettant en lumière toutes les façons dont les Canadiens comblent ce vide. La culture du bien-être, un attachement quasi sacré à la nature, divers groupes d’intérêt et communautés en ligne, le bénévolat et l’engagement en faveur de la justice sociale, le yoga – tous ces éléments sont en plein essor et tentent, chacun à sa manière, de combler le besoin de sens, de communauté, de santé et d’objectif moral. L’article se termine sur une note d’ambivalence : « Il reste véritablement incertain que ces espaces puissent offrir ce que la religion, à son apogée, procurait autrefois. Certains y parviendront. Beaucoup n’y parviendront pas. Et cette incertitude fait elle-même partie de l’histoire : une société qui cherche, sans plan précis, ce qu’elle veut transmettre et ce qu’elle est prête à laisser derrière elle.»
Voici un aperçu succinct de la vie religieuse canadienne en 2026. Une société dont la mémoire religieuse s’estompe, dépourvue de vision commune, à la recherche de ce que les humains ont toujours recherché – un sens, un but, une communauté, la bonté, la beauté et peut-être même une sorte de « vérité » individualisée. C’est là la toile de fond culturelle de l’apostolat canadien depuis plusieurs décennies. Mais un changement pourrait se profiler à l’horizon.
Récemment, on a vu apparaître un nombre croissant de rapports, timides mais porteurs d’espoir, faisant état d’une ouverture accrue à la foi chrétienne, en particulier chez les jeunes. C’est le podcasteur et écrivain britannique Justin Brierley qui a le plus minutieusement cartographié ce phénomène à travers son livre et sa série de balados The Surprising Rebirth of Belief in God. On y découvre l’histoire fascinante d’un renouveau chrétien timide et peu médiatisé dans certains recoins inattendus de la vie culturelle occidentale contemporaine.
Les causes sont difficiles à cerner : s’agit-il peut-être d’une crise de sens post-pandémique, d’une réaction à la fragmentation culturelle et au déracinement, ou encore de la polarisation politique? Peut-être d’une crise de santé mentale, d’instabilité économique ou de solitude? Peut-être que Dieu est à l’œuvre. Peut-être s’agit-il de tout cela à la fois?
Il est trop tôt pour dire si la marée de la foi est en train de remonter. Mais permettez-moi de faire deux observations. Premièrement, c’est la première fois de ma carrière que des rapports faisant état d’une ouverture accrue à la foi chrétienne font surface de manière significative au Canada. Deuxièmement, j’ai constaté un regain d’intérêt et d’énergie spirituelle chez les jeunes adultes au sein de mes réseaux professionnels et personnels. Les preuves sont partielles, fragmentaires et anecdotiques. Mais cela vaut la peine d’y prêter attention.
Le Psaume 1 brosse le portrait mémorable d’une personne qui trouve sa joie dans la loi du Seigneur.
David Brooks, chroniqueur au New York Times, a un jour décrit la culture occidentale contemporaine comme un arbre chancelant. Un arbre dépend d’un système racinaire solide pour soutenir ses ramifications. De la même manière, affirmait Brooks, nous nous épanouissons lorsque nos vies constituent une « série d’excursions à partir d’une base sûre » – à partir de racines ancrées dans la foi, la famille, la communauté et des sources communes de sens. Son argument est simple, on ne peut pas avoir de branches saines sans racines bien développées.
M. Brooks craint que notre société ait négligé les racines tout en célébrant les branches. Il en résulte un arbre instable aux branches tentaculaires composées de droits individuels, de valeurs morales axiomatiques et de notions incontestées d’importance personnelle et de souveraineté. Ces branches reposent sur des racines historiques flétries : un but transcendant, une identité partagée et les obligations morales qui en découlent.
Cet arbre peut rester debout pendant un certain temps. Mais tôt ou tard, des fissures apparaîtront. Nous assistons peut-être à l’émergence d’une génération las du fardeau que représentent la recherche d’un sens autonome et le maintien de l’identité. Elle sent que l’arbre est instable.
Le Psaume 1 brosse le portrait mémorable d’une personne qui trouve sa joie dans la loi du Seigneur. Cela contraste de façon saisissante avec notre contexte culturel de 2026. L’attention de cette personne est fixée sur un point de référence transcendant. « Cette personne, dit le psalmiste, est comme un arbre planté près des cours d’eau, qui donne son fruit en saison et dont le feuillage ne se flétrit pas – tout ce qu’elle fait prospère. » La métaphore d’une personne épanouie, qui honore Dieu, est celle d’un arbre sain et bien enraciné.
En tant que chrétiens, nos branches sont soutenues par un système racinaire profond : notre identité en Christ, notre attachement aux Écritures, notre ancrage au sein de l’Église, notre conduite par l’Esprit et notre espérance en la venue définitive du Royaume de Dieu. Nous entrons peut-être dans une saison où les fissures de notre arbre culturel chancelant commencent à apparaître, un moment propice pour qu’une Église bien enracinée désigne avec joie et confiance la Source des ruisseaux d’eau vive.
Gil Dueck est doyen académique au Columbia Bible College à Abbotsford, en Colombie-Britannique (ColumbiaBC.edu). Pour lire d’autres chroniques de ce genre, rendez-vous sur FaithToday.ca/CrossConnections. Photo des arbres par Janet Griffin.