Les relations établies au-delà des différences renforcent la justice
Les récentes propositions législatives, tant au niveau fédéral que provincial, auront un impact négatif sur la liberté religieuse des individus et des groupes au Canada. Cela suscite un regain de dialogue et de collaboration entre les communautés religieuses qui partagent les mêmes préoccupations concernant les tendances laïques au Canada.
Ces interactions sont possibles grâce à une longue histoire de relations respectueuses entre les chefs religieux et les communautés, malgré de profondes différences théologiques.
L'établissement de telles relations n'implique pas de compromettre nos engagements profonds. Au contraire, il n'est fructueux que s'il est éclairé et guidé par nos croyances et nos engagements respectifs.
Une justification chrétienne de cette approche peut s'appuyer sur Luc 10, où Jésus a donné à ses disciples quelques instructions de base lorsqu'il les a envoyés dans les villages et les villes environnants.
Ses instructions étaient simples : allez en paix, fraternisez, répondez aux besoins de ceux que vous rencontrez et annoncez que le Royaume de Dieu est proche.
Là où il y a guérison, résolution, restauration, réconciliation et solutions justes, les gens font en partie l'expérience du Royaume de Dieu à venir.
La paix animée par le respect, l'hospitalité animée par la curiosité et la collaboration animée par le bien public sont des principes d'une importance cruciale. Dans une société marquée par de profondes différences, ces principes ouvrent la voie à la conversation et à la collaboration. Ils n'effacent pas les désaccords. Ils créent plutôt des conditions permettant de bien gérer les désaccords.
ILLUSTRATION: ANDANIA HUMAIRA
La civilité s'effondre rapidement lorsque les gens se sentent objectivés, ridiculisés ou lorsque leurs convictions profondes sont muselées.
Je siège au Comité interconfessionnel pour l'aumônerie militaire canadienne et au Dialogue interconfessionnel canadien. Sur différentes questions, j'ai côtoyé des évêques catholiques, des imams et des rabbins lors de conférences de presse, des moments qui auraient été impossibles sans les relations établies bien avant que les micros ne soient allumés.
Ces relations montrent comment les trois principes peuvent fonctionner dans la pratique.
La paix dans le respect. Jésus a enseigné à ses disciples qu'ils devaient adopter une attitude pacifique. « Et s'il se trouve là un homme de paix, votre paix reposera sur lui; sinon, elle reviendra sur vous. » (Luc 10:6). Sommes-nous considérés comme des artisans de paix accessibles ou comme des combattants en colère qui étouffent la conversation avant même qu'elle ne commence ?
Une communication axée sur la paix exige de la discipline. Cela signifie rejeter les caricatures, permettre à chacun de s'exprimer et surveiller ses paroles. La civilité s'effondre rapidement lorsque les gens se sentent objectivés, ridiculisés ou lorsque leurs convictions profondes sont muselées. Le respect insiste sur l'affirmation de la dignité de tous, sur le fait que chaque personne a une valeur incommensurable puisqu'elle a été créée à l'image de Dieu et ne peut être traitée comme un instrument, un obstacle ou un stéréotype.
Une démocratie pluraliste repose sur deux piliers : la liberté de conscience et le respect mutuel. La liberté de conscience suppose que les citoyens interprètent différemment ce qu'est une bonne vie. Ils divergent sur les priorités, les définitions de l'épanouissement, les cadres moraux et les convictions religieuses. Le respect mutuel garantit que, même si les croyances diffèrent, les personnes ne sont pas dépersonnalisées et réduites au silence lorsque nous sommes en désaccord avec leurs conclusions.
L'hospitalité animée par la curiosité. Si le respect ouvre la porte, l'hospitalité nous invite à franchir le seuil pour engager la conversation. La fraternité s'incarne à travers la conversation, peut-être autour d'un café ou d'un jus de fruits, voire d'un repas. Il ne s'agit pas de bavardages superficiels, mais d'une curiosité sincère : « Qu'est-ce qui vous a formé ? En quoi croyez-vous ? Qu'est-ce qui vous pèse ? Que recherchez-vous ? »
La curiosité humanise. Elle permet aux aspirations et aux craintes de s'exprimer en toute sécurité et peut identifier des sujets de prière et de guérison souhaitée.
L'hospitalité renforce la confiance. Le partage d'histoires nourrit l'empathie, révèle des points communs surprenants et favorise un espace où l'on peut être en désaccord de manière constructive, de façon à assurer la sécurité mutuelle plutôt qu'à amplifier les menaces.
Une collaboration animée par le bien public. Une fois la paix rétablie et l'hospitalité partagée, Jésus appelle ses disciples à guérir, à soulager la souffrance. Dans le leadership public, la guérison peut prendre la forme d'une aide apportée à un voisin pour accéder à des ressources, d'une prière ou d'une aide apportée à une autre personne pour résoudre un dilemme.
Dans l'arène politique, la guérison consiste à trouver un terrain d'entente, à rechercher la justice, à séquencer les réformes avec sagesse, à protéger les dissidents d'un fardeau disproportionné et injuste, à expliquer honnêtement les conséquences sociales et financières et à rechercher des solutions qui préservent la participation plutôt que de fracturer l'appartenance.
Le silence est le faux-semblant de la paix. Éviter de parler honnêtement pour prévenir les tensions engendre la confusion, camoufle les différences et permet de présumer un consentement là où aucun consentement n'a été donné. Cela exige le courage de parler franchement.
À une époque marquée par la polarisation, ces trois principes restent indispensables. La paix préserve la dignité. L'hospitalité crée la confiance. La collaboration favorise le bien public.
La civilité n'est pas une douceur sentimentale ; c'est la maîtrise de soi et la tolérance au service de la vie commune, exprimées avec intégrité, vérité, douceur et respect.
Bienheureux les artisans de paix.
Bruce J. Clemenger est ambassadeur principal et président émérite de l'Alliance évangélique du Canada, et auteur de The New Orthodoxy: Canada’s Emerging Civil Religion (Castle Quay, 2022). Illustration d'une échelle par Andania Humaira.