Magazines 2024 Jul - Aug Une chrétienne et une avocate

Une chrétienne et une avocate

27 June 2024 By Deina Warren

Deina Warren, chroniqueuse invitée, réfléchit à la recherche du bien-être de la ville

Traduit par François Godbout. Ce texte en anglais

En grandissant, je ne connaissais aucun avocat, et encore moins un avocat chrétien. Bien que j'aie été intriguée par le fait que le mot « avocat » apparaissait souvent dans mes évaluations de carrière au secondaire, ce choix me semblait hors de portée. Le commerce était un choix plus pratique. Et pourtant, Dieu continuait à m'ouvrir des portes pour que je travaille dans le domaine du droit.

Deina-WarrenMais le droit est-il une vocation chrétienne ? Les avocats ne sont-ils pas ceux qui ont mis Jésus à l'épreuve et à qui Jésus a annoncé des malheurs ? Oui, mais voici pourquoi je continue à penser que le droit est une vocation digne d'intérêt.

Dieu est l'ultime législateur. Ses lois sont bonnes et doivent nous bénir, mais nous renonçons à cette bénédiction pour nous-mêmes et pour les autres lorsque nous faisons ce qui est juste à nos propres yeux. L'appel de Jérémie à l'Israël en exil pour qu'il construise des maisons, plante des jardins et s'occupe du bien-être de la ville signifie que nous devons comprendre nos communautés et nous engager avec elles.

Ces idées bibliques m'aident aujourd'hui à donner un sens au travail juridique, mais j'ai suivi un chemin sinueux pour parvenir à cette compréhension. Au début, je voyais le droit comme un moyen de m'armer pour les guerres de mots, la victoire dépendant de mes propres efforts. Mais Dieu est patient, gracieux et indulgent. Tout au long de mes études de droit et des hauts et des bas de la vie, il m'a appris – et réappris – à attendre et à lui faire confiance, ce qui a également modifié mon point de vue sur la vocation du droit.

Je ne vois plus cela comme une bataille. Je la vois comme un moyen de rechercher le bien-être de la ville et de poursuivre la justice par le biais de bonnes lois qui s'inspirent des principes bibliques. Je dois être fidèle, sincère, réfléchie et claire, mais je ne peux pas manipuler ou contrôler le résultat. C'est libérateur et motivant.

Quel est le principe en jeu? En se concentrant sur ce point on peut neutraliser les faits et les opinions personnelles qui sèment la discorde.

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En tant que directrice des affaires juridiques du Centre canadien des œuvres de charité chrétiennes, j'ai la grande joie d'appliquer ces principes dans mes relations avec les organismes de réglementation, le gouvernement, les tribunaux et d'autres instances. C'est aussi une grande responsabilité : comment représenter un large éventail d'organisations chrétiennes aux convictions diverses?

J'aime répondre aux questions par des questions, c'est pourquoi je commence souvent par demander : « Quel est le principe en jeu? » Cette question permet de neutraliser les faits et les opinions personnelles qui sèment la discorde. Cela permet également d'éviter le sensationnalisme.

Se concentrer sur le principe permet de répondre à d'autres questions importantes. Pourquoi ce principe est-il important? Quel impact pourrait-il avoir? Comment communiquer efficacement sur cette question? Quel est le meilleur résultat possible pour le bien-être de la ville? Qu'est-ce qui est juste et bon? Comment pouvons-nous travailler à ce résultat?

Le fait de se concentrer sur le principe permet également de collaborer, de faire appel à la raison et de maintenir la cohérence. Tout cela aide à témoigner des chrétiens sur la place publique. Lorsque le principe est identifié, cela signifie que les parties prenantes ayant des opinions différentes sur les faits sont prêtes à travailler ensemble. Cela signifie que l'on ne se laisse pas influencer par une première perception ou par le premier argument présenté. Une telle cohérence et une telle réflexion témoignent de la bonté de la loi et nous aident à rechercher le véritable bien de la ville.

Comment cela se passe-t-il dans la pratique? (Vous voyez ce que je veux dire? Une autre question!).

Les lecteurs se souviendront peut-être des inquiétudes suscitées en 2001 par le statut d'organisme de bienfaisance de centres et d'organisations de soins de grossesse qui étaient accusés de « fournir des conseils malhonnêtes aux femmes sur leurs droits et sur les options qui s'offrent à elles à tous les stades de la grossesse ». De nombreuses questions se posent ici – liberté d'expression, diversité et stabilité du secteur caritatif – mais le principe sous-jacent est la politisation du statut d'organisme de bienfaisance.

Un problème différent s'est posé en mai 2024 lorsque le Comité sénatorial des pêches et des océans a publié un rapport sur la chasse aux phoques. Il recommande de retirer le statut d'exonération fiscale aux organismes de bienfaisance qui « produisent ou promeuvent la désinformation et/ou la mésinformation sur la chasse au phoque ou l'industrie des produits dérivés du phoque ».

Vous voyez sans doute le lien entre ces deux exemples. Bien que les faits soient très différents, le principe en jeu dans les deux cas est la politisation du statut d'organisme de bienfaisance.

Nous pouvons rapidement nous laisser entraîner dans des débats sur certains types de soins de grossesse ou sur l'industrie des produits dérivés du phoque. Mais lorsque nous nous arrêtons, réfléchissons, examinons et cherchons à comprendre, nous pouvons nous engager d'une manière cohérente et fondée sur des principes. Nous pouvons utiliser la raison pour défendre de bonnes lois, quel que soit le contexte factuel. Et nous pouvons le faire sans pression ni espoir de manipuler un résultat.

Le fait de considérer la place publique non pas comme un champ de bataille mais comme une opportunité simplifie mon travail d'avocat chrétien. Oui, les processus juridiques et les nuances de l'interprétation législative peuvent être complexes. Mais l'essentiel est de se concentrer sur les principes, d'utiliser fidèlement les compétences et les opportunités qui nous ont été données, et – en cherchant à s'aligner sur ce qui est juste aux yeux de Dieu – de promouvoir et de refléter la bonté de la loi pour tous.

Deina Warren est directrice des affaires juridiques au Centre canadien des œuvres de charité chrétiennes, dont les bureaux sont situés à Elmira, en Ontario. Vous trouverez d'autres articles sur le site FaithToday.ca/TheGatheringPlace. Illustration des balances : Huticon.